dimanche, mars 09, 2008
Immigration - Filles d’Abraham mise en ligne
À l’heure où des sans-papiers sont expulsés, des femmes maghrébines et françaises cassent les préjugés et vont à la rencontre les unes des autres. À l’image du patriarche biblique qui laissait les quatre pans de sa tente ouverts pour accueillir les visiteurs, le groupe interculturel de Toulon, la Tente d’Abraham, ouvre ses portes aux personnes en attente de régularisation. Les mots d’ordre sont partage, tolérance et culture.
Tandis que le poste de musique diffuse des airs orientaux, Fatima écrit avec application sur le glaçage du gâteau “Aïd Mabrouk et Joyeux Noël”. Deux termes qui, au premier abord, semblent étranges mis côte à côte. L’un est la commémoration de l’obéissance d’Abraham à Dieu au point de sacrifier son fils, l’une des plus importantes fêtes musulmanes, l’autre célèbre la naissance de Jésus-Christ, événement majeur pour les chrétiens. Djellabas aux couleurs chatoyantes, caftans aux tissus soyeux ou karakous aux broderies scintillantes, une quinzaine de femmes ont revêtu leurs plus beaux habits traditionnels pour l’occasion. Aujourd’hui, à Toulon, Maghrébines et Françaises célèbrent avec le même enthousiasme l’Aïd-el-kébir au sein de la Tente d’Abraham. Créée à l’initiative du Secours Catholique avec l’Union diaconale du Var (UDV), Sichem une association d’accueil de l’étranger, et avec Aviso, organisme d’insertion par l’économie, la Tente d’Abraham est « un lieu de rassemblement et de rencontre interculturelle où Français et immigrés apprennent à se connaître », explique Catherine Martinez, présidente de la délégation du Secours Catholique du Var. Inauguré en novembre 2007, ce groupe de partage culturel possède trois pôles. Le premier s’adresse aux enfants dans l’objectif de rompre leur isolement. Solid’amitié, le deuxième pôle, est un groupe de jeunes en difficulté. Les jeunes, volontaires, s’occupent en particulier de l’animation des ateliers d’enfants et organisent des activités et sorties culturelles. Le troisième groupe, Hevra, dont la signification en hébreu est “rassemblement dans un but amical”, réunit une vingtaine de femmes en situation irrégulière et des Françaises. « Sous le nom d’Abraham, père de plusieurs peuples et personnage commun au judaïsme, à l’islam et au christianisme, nous partageons ensemble et apprenons à nous connaître », explique l’une d’elles.
Intégration. Commandement numéro un de l’Aïd-el-kébir : on ne doit pas jeûner en ce jour. Et les participantes comptent bien respecter cette obligation. Les plats s’accumulent au fil des heures dans la cuisine de la Tente d’Abraham. Salade de légumes, tajine de mouton aux pruneaux et aux abricots, cornes de gazelle et toutes sortes de pâtisseries maghrébines garnissent les tables dressées pour l’occasion. Un rêve commun unit ces femmes et leur donne la force de continuer : obtenir des papiers et s’installer de façon durable en France. Venues vivre dans l’Hexagone pour des raisons familiales, financières ou de santé, elles ont quitté la Tunisie, le Maroc, l’Algérie avec l’espoir d’obtenir un statut. Pour nombre d’entre elles, l’attente de régularisation est longue et insupportable. « Ne pas avoir de papiers et attendre ainsi nous tue à petit feu », confirme Saliha, 27 ans, diplômée en droit et marocaine. Même si elle se sent parfaitement intégrée à la société française, la jeune femme ne cesse de se poser cette question : « Jusqu’à quand l’Europe va-t-elle nous supporter ? Aidez-nous à rester dans notre pays ! » Dans la peur perpétuelle d’être reconduites à la frontière, Aziza, Souad, Latifa, Slama et les autres trouvent dans le groupe Hevra une parenthèse de paix et de joie dans leur existence cachée. « Être sans papiers est une humiliation totale. C’est comme si on était sur une barque sans rame, explique Souad, Algérienne de 43 ans. C’est dans ce groupe que j’ai sorti tout ce que j’avais sur le cœur. » Et Latifa de renchérir : « Ici, nous sommes un peu comme dans une famille. » Occasion de se décharger, de décompresser, de sortir de l’exclusion, de se sentir entourés, la Tente d’Abraham est avant tout une intégration à la société française par ces femmes.
Interculturel. Avant de commencer le repas, Fatima, ancienne sans-papiers et salariée de l’association, enseigne aux trente convives la signification de l’Aïd. À son tour, Isabelle explique la symbolique de la crèche. Sur cet échange culturel, le repas débute. À chaque plat, les femmes insistent auprès de leurs invités pour les resservir une, deux, trois fois… comme le veut la tradition orientale. Tandis que certaines se laissent tenter par une pâtisserie de plus, d’autres se lèvent et dansent sur des musiques orientales. Fabienne, bénévole du Secours Catholique, tente la danse du ventre. Chaque jeudi et lundi, les femmes du groupe Hevra se réunissent pour apprendre la danse orientale avec une professionnelle. Si ce n’est pas la danse, c’est la couture ou la cuisine. « Un projet de salon esthétique est sur le point de se réaliser, où nous pourrons nous occuper de nous-mêmes. Il y aura des ateliers pour la manucure, pour s’épiler les sourcils, gommer la peau et se faire coiffer », s’enthousiasme l’une d’entre elles.
Cuisinières chevronnées, les femmes organisent également des tables ouvertes où elles vendent leur cuisine pour 8 euros. « Cet argent leur permet de financer les sorties. Dernièrement, nous avons visité Saint-Tropez, explique Catherine Martinez. Nous réfléchissons également à une piste d’insertion avec un restaurant du monde. » Toutes les femmes ont maintenant rejoint la “piste de danse” tandis que le poste de musique tente, en vain, de couvrir les youyous traditionnels. Le Maghreb n’est plus loin...
Clémence Richard
dimanche, mars 02, 2008
Une convention pour les réfugiés et demandeurs d’asile
Le 6 février 2008, l’association de promotion et de protection du droit d’asile, France Terre d’Asile, et La Poste ont signé une convention en vue d’améliorer l’accueil des demandeurs d’asiles et réfugiés dans les services de Poste.
Un homme se présente au guichet de Poste de sa ville. Il est haïtien. Il sort sa carte de réfugié et demande à retirer de l’argent sur son compte qui est largement approvisionné. Le préposé refuse d’accéder à sa demande à la vue de ses papiers. Une situation qui s’est souvent répétée à La Poste. Tant et si bien qu’au mois de juillet dernier, l’association France Terre d’Asile a saisi la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour les égalités (Halde). « La Poste ne reconnaissait pas systématiquement les titres de séjours temporaires, avec photo de l’intéressé, délivrés par les préfectures. Elle refusait parfois de remettre le courrier et d’ouvrir des livrets A pour les demandeurs d’asile », explique France Terre d’Asile dans un communiqué.
Partenariat. « La Poste est un interlocuteur privilégié pour les demandeurs d’asile et les réfugiés. » Les services de la Poste sont essentiels pour ce public. Ils leur permettent de percevoir les aides versées par les autorités françaises et de recevoir leurs courriers relatifs à la procédure de demande d’asile. France Terre d’Asile et La Poste se sont engagés à leur fournir l’accès à leurs droits et à améliorer les services postaux. La convention de partenariat signée par les deux organismes, le 6 février, permet au public concerné d’accéder librement aux services bancaires et postaux. Pour que le maximum de personnes concernées puisse en bénéficier, France Terre d’Asile a associé à cette convention d’autres organismes qui travaillent avec ce public.
Engagements. « Dorénavant les demandeurs d’asile pourront retirer leur courrier et leur argent que leur récépissé de demande d’asile soit valide ou pas, dès lors que l’identification du demandeur est possible », explique France Terre d’Asile. L’identification sera rendue possible grâce à l’accompagnement d’une personne accréditée par l’une des associations partenaires qui pourra attester de l’identité du demandeur. Ces derniers bénéficieront également d’une ouverture temporaire de livret A sur présentation d’un récépissé de demande d’asile en cours de validité ou d’une convocation Dublin avec photos. Le contact entre les bénéficiaires et la Poste sera également facilité par la désignation d’un bureau de poste référent. Des formations à destinations des personnes de la Poste sur les questions relatives aux demandeurs d’asile et aux réfugiés seront animées par France Terre d’Asile.
samedi, mars 01, 2008
Les Beurs : Des Français à part entière ou entièrement à part ?
par Professeur Chems Eddine Chitour
Le chef de l´Etat français a présenté, vendredi 8 février, son plan «Espoir Banlieue», axé sur l´insertion par le travail, la lutte contre l´échec scolaire et le désenclavement. Nicolas Sarkozy a également promis des renforts de police. Initialement, cette présentation aurait dû être faite depuis Vaux-en-Velin, aux côtés de la secrétaire d´Etat à la Ville, Fadéla Amara. Mais cette dernière s´est rendue seule dans le Rhône, le 22 janvier, se contentant d´en présenter les grandes lignes au risque d´accentuer l´impression d´impréparation. Surtout, la secrétaire d´Etat a été publiquement désavouée par sa ministre de tutelle, Christine Boutin, qui a déclaré ne pas croire en un "énième plan banlieue". Le plan «Espoir Banlieue» dévoilé par Nicolas Sarkozy s´ajoute, en effet, à une longue liste. Depuis le lancement du programme "Habitat et vie sociale", en 1977, ou la création de la politique de Développement social des quartiers (DSQ) et des zones d´éducation prioritaires (ZEP) en 1981, la politique de la ville en France a compté pas moins de 13 plans successifs. Le chef de l´Etat a souhaité un plan d´action concentré sur une centaine de quartiers prioritaires, autour de trois axes: l´insertion par le travail, la lutte contre l´échec scolaire et le désenclavement.
Nicolas Sarkozy a d´abord annoncé un toilettage du pilotage de la politique de la ville. Un conseil interministériel sera créé sous l´autorité du Premier ministre, et devra être "le lieu de suivi des décisions". Le chef de l´Etat a également appelé à "clarifier la chaîne des responsabilités". Il s´est engagé à ce qu´un représentant de l´Etat soit présent dans chaque quartier visé et a promis de conduire avec les élus locaux une réflexion sur la répartition des dotations aux collectivités. Nicolas Sarkozy s´est fait le chantre de la promotion de la diversité. A ce titre, il a rappelé avoir confié à l´ancienne garde des Sceaux, Simone Veil, la mission d´inscrire la garantie de ce principe dans le préambule de la Constitution. Le chef de l´Etat a également appelé la fonction publique à faire des propositions pour permettre la diversité, "à tous les niveaux".(1)
«J'assume!»
L´ancien ministre de l´Intérieur a aussi abordé la question de la sécurité. Nicolas Sarkozy a annoncé le déploiement de 4000 policiers supplémentaires dans les banlieues d´ici trois ans, plaidant pour "une police au plus près des habitants des quartiers". "Il y a dans ces quartiers un sang neuf pour la France". Pour ne pas le laisser dépérir, Nicolas Sarkozy a promis l´insertion par le travail. Le chef de l´Etat a ainsi annoncé la création d´un nouveau dispositif, baptisé "Contrat autonomie", pour accompagner vers l´emploi dans les trois prochaines années plus de "100.000 jeunes". "Chaque jeune qui le voudra aura ce contrat qui débouchera sur une formation, sur un contrat d´apprentissage ou sur un emploi", a-t-il affirmé. Le chef de l´Etat entend également favoriser la création d´entreprises dans les banlieues. Enfin, pour lutter contre l´échec scolaire, Nicolas Sarkozy a souhaité que les jeunes sortis sans diplôme du système "soient accueillis par une école de la deuxième chance". Le chef de l´Etat n´a pas craint de décréter cette proposition "priorité" de son quinquennat. Il s´agit donc de généraliser ces établissements qui ne sont actuellement qu´une petite poignée par académies, en leur permettant de bénéficier de la taxe d´apprentissage.(1)
Nicolas Sarkozy fait des banlieues un "enjeu de civilisation": "Nous allons réinventer la ville". Il convient enfin, qu´"il y a des quartiers dans notre pays où l´on a moins de droits et moins de chances que d´autres". "J´assume tout ce que j´ai dit et fait par le passé sur le sujet", a-t-il dit en référence à ses propos polémiques sur le "Kärcher" et la "racaille" avant les émeutes de 2005. De quoi s´agit-il? Voilà des jeunes Français en pleine errance identitaire qui peinent à s´en sortir. Ils vivent dans des ghettos appelés banlieues et de temps à autre en réponse à des contrôles fréquents ciblés- délit de faciès- et itératifs, qui finissent mal, du fait que souvent la police se sentant pousser du zèle -surtout ces dernières années- ils rentrent en éruption et flambent tout sur leur passage. On parle alors d´intifada des banlieues. Cette malvie touche même ceux qui font l´immense effort de s´en sortir. Même avec leur diplôme, leur nom de famille est un véritable calvaire qui plombe leur avenir.
Un petit coup d´oeil dans le rétroviseur pour nous rendre compte de la façon dont les ancêtres de ces Beurs sont traités chez eux. Etrange discours, en effet, la rhétorique sur la politique de civilisation bien ciselée et agréable à entendre sans plus. Nous avons des difficultés à comprendre cette hauteur de vue toute gaullienne et les positions pour le moins "colonialistes" du président Sarkozy à Dakar en juillet 2007: "Le drame de l´Afrique, c´est que l´homme africain n´est pas assez entré dans l´Histoire (...). Jamais il ne s´élance vers l´avenir (...). Dans cet univers où la nature commande tout (...), il n´y a de place ni pour l´aventure humaine ni pour l´idée de progrès.". Avec habileté, le président Sarkozy, écrit Prao Yao Séraphin, insulte la mémoire de nos ancêtres, en justifiant son refus de repentance. Pour lui, "le colonisateur est venu, il a pris, il s´est servi, il a exploité, il a pillé des ressources, des richesses qui ne lui appartenaient pas. Il a dépouillé le colonisé de sa personnalité, de sa liberté, de sa terre, du fruit de son travail. Il a pris mais je veux dire avec respect qu´il a aussi donné". Prao Yao Séraphin poursuit son plaidoyer en écrivant: L´heure est venue de repenser l´Afrique autrement qu´avec des rapports condescendants. Le locataire de l´Elysée gagnerait à lire Paul Bairock, pour qui le sous-développement est un phénomène historique, car "jusqu´à la fin du XVIIe siècle, les écarts dans les niveaux de développement économiques et techniques des divers pays étaient peu importants". C´est la colonisation qui a désarticulé et retardé notre développement".(2)
Ce colonisé n´en est pas pour autant sorti indemne des méfaits de la colonisation. La France a eu besoin des bras et du sang de ces "bougnoules" - René Naba pense que ce mot vient du mot "Abou Gnole", il semblerait que pour affirmer la bravoure des soldats indigènes, on leur donnait de la gnole et on les envoyait à l´assaut pratiquement ivres. C´est avec leur sang que les indigènes ont défendu Wissembourg en 1870, Verdun et le Chemin des Dames en 1917 et, plus tard, ils se distinguèrent sur les théâtres pendant la Seconde Guerre mondiale, Monte Cassino fut pris grâce au sacrifice des RTA et des Tabors marocains (Régiments des Tirailleurs algériens). Le colonisé n´en est pas pour autant quitte. Après 1945 et sous l´impulsion du Plan Marshall, il fallait reconstruire la France. Ces mêmes tirailleurs algériens et marocains, voire sénégalais, devinrent des tirailleurs béton, ils construisirent l´essentiel des infrastructures de la période des Trente Glorieuses. Ce sont justement les descendants de ces pionniers - naturellement analphabètes, la colonisation y ayant veillé - qui vont tenter de s´intégrer - en se désintégrant - dans une société qui leur ordonne de se dissoudre et de gommer leurs aspérités identitaires ou religieuses. Il vient que les discriminations subies par les descendants des colonisés, sont une triste et injuste réalité. Un rapport du Conseil économique et social en France révèle que, loin d´avoir disparu, les pratiques discriminatoires à l´égard des jeunes issus de l´immigration sur le marché du travail sont récurrentes et qu´"il existe une réalité extra-économique, non rationnelle".(3).
Les jeunes issus de l´immigration continuent d´être confrontés à des pratiques discriminatoires. L´exclusion du marché du travail reste la question la plus douloureuse. Une inégalité d´autant plus mal vécue qu´ils ont cru dans l´école et investi dans leurs études. Les discriminations à l´emploi se font, en effet, de plus en plus pesantes en France. Le "plafond de verre", bloque l´ascension sociale des jeunes Beurs, et se fait de plus en plus présent. "Les pratiques discriminatoires sont récurrentes et ont tendance à s´accroître". La transition professionnelle, définie comme le passage du système scolaire vers l´emploi stable, diffère selon la nationalité ou l´origine des jeunes, relève la chercheuse. "Pourtant, ces jeunes ont de meilleurs atouts pour l´accès à l´emploi que leurs parents, en raison de leur formation, des normes sociales acquises, et d´une manière générale, de leur meilleure intégration sociale dans la société. " Mais "il existe une réalité extra-économique, donc non rationnelle, au regard des exigences du marché du travail": à côté des critères utilisés pour tous les demandeurs d´emploi, entrent en jeu des "exclusions formelles" tacites et non reconnues, liées à l´origine ethnique des candidats. Cette réalité douloureuse est difficile à mettre en évidence. Il en ressort qu´à tous les niveaux, les enfants nés de parents immigrés sont handicapés dans leur accès à l´emploi. Mais surtout, les études n´ouvrent pas plus de perspective d´insertion. "L´analyse du taux de chômage par niveau d´études montre que le diplôme n´est pas aussi déterminant pour tous", insiste le rapport. Le taux de chômage des jeunes diplômés issus de l´immigration est le double de celui des jeunes nés de parents français. La discrimination repose plus sur un "faisceau informel d´apriorismes" que sur une orientation idéologique clairement formulée: les chefs d´entreprise, les chargés du recrutement affichent rarement une "préférence nationale". La sociologue Mouna Viprey détaille ainsi le processus classique de cette mise à l´écart: la forme "la plus commune consiste dès le premier stade pour l´employeur, à éviter tout contact avec le postulant d´origine étrangère réelle ou supposée, en lui déclarant que l´emploi est déjà occupé, alors qu´un candidat autochtone est convié à un entretien." Dans une deuxième phase, lors de l´entretien, il est "fréquent" qu´on exige d´eux des qualifications supplémentaires non demandées aux autres. Enfin, même quand un emploi est proposé à des jeunes issus de l´immigration, c´est "souvent"à des conditions moins intéressantes que celles offertes aux autres candidats. "Plus qu´au sein du monde professionnel, la discrimination semble s´exercer à son seuil", conclut la chercheuse.
Cette discrimination directe aboutit enfin à une autre, indirecte et masquée: celle, invisible, qui est pratiquée par les dispositifs d´accueil et d´aide à la recherche à l´emploi (ANPE, mission locale, CIO), qui poussent les jeunes Beurs à déployer des stratégies de contournement. Dans une étude effectuée en 1999 dans le bassin d´emploi de Roubaix sur les jeunes diplômés issus de l´immigration, qui a mis en évidence "une discrimination au faciès, permanente à l´embauche", le sociologue Saïd Bouamama explique que plus de la moitié des jeunes rencontrés se sont vu proposer de modifier leur prénom dans leurs démarches de recherche d´emploi. "Cette expérience est encore plus douloureuse car elle exige une autonégation identitaire", explique le chercheur. Enfin, le taux de chômage des cadres immigrés est deux fois plus élevé que celui de la moyenne de la population active nationale. Le problème de fond réside dans l´image que se fait le Français de souche de l´immigré africain ou arabe, surtout s´il est de confession musulmane. Frantz Fanon dans "Les Damnés de la Terre" avait raison d´écrire que le colonisateur utilisait un "langage zoologique" pour désigner l´indigène. Toujours comparé à un animal sauvage, sournois et dangereux, l´"Arabe" doit être pourchassé et souvent repoussé vers les confins pour assurer le triomphe des Français. C´est une "hyène" ou une "bête féroce" qu´il faut "refouler au loin" et rejeter "pour toujours dans les sables du Zahara (sic)", affirme Hain, fervent défenseur d´une politique brutale de déplacements massifs et forcés des populations d´Algérie. (...) Selon Sauclières, l´"indigène" est un "rapace" dont il faut se méfier, car ses attaques sont à la fois rapides et meurtrières. Sous la plume du capitaine Lapasset, il est un "animal" qui, "comme le chacal", ne s´apprivoise jamais. Pour le général Bugeaud, "les "indigènes" sont des "renards" que l´on doit "fumer à outrance" lorsqu´ils fuient dans des cavernes pour échapper aux armées françaises lancées à leur poursuite. (...)Face aux barbares qui font peser sur la civilisation une menace mortelle, tout est permis, puisqu´ils ne laissent d´autre alternative que de les détruire ou d´être détruits par eux". Bien plus tard, il s´est trouvé un ministre de "Gauche", pour traiter les descendants de ces indigènes de "sauvageons".
L'Autre
Les Beurs des banlieues fondent comme un essaim, qu´ils appartiennent à leurs tribus, qu´ils sont de zoulous, voire des apaches, bref tout un langage forgé par l´homme blanc pour désigner l´Autre qui lui est, par essence, inférieur et qu´il a mission de civiliser portant ainsi sa croix et son fardeau en tant qu´homme blanc ´The white man burden" de Kipling. Pourquoi ne rend-on pas justice à ces Français entièrement à part qui rêvent d´être des Français à part entière. La malvie actuelle des jeunes des banlieues plonge ses racines dans la nuit coloniale. Ce n´est pas, le croyons-nous, des mesures conjoncturelles et quelques saupoudrages loin d´un réel Plan Marshall qui, décidées d´en haut, règleront structurellement le problème de l´intégration de Français issus de l´immigration maghrébine ou d´Afrique noire. Le problème est justement un problème de civilisation: l´Homme blanc pense qu´il est seul producteur de sens. Pour cela, il a la posture du Shérif gardien de "l´ordre". Il est maître chez lui-même si les Beurs sont là depuis mille ans, on leur collera toujours le vocable, devenu péjoratif, celui d´être issus de l´immigration. Un Italien, un Portugais, voire un Hongrois, est rapidement intégré. Pourquoi? Une tentative de réponse consisterait à postuler qu´en définitive, c´est finalement un problème de civilisation qui fait que le corps social français n´absorbe pas des éléments allogènes à sa civilisation, sa culture et en définitive sa religion. Ceux qu´on prétend être "intégrés" seraient en fait, en pleine errance, ayant largué les amarres avec leur identité originelle, on leur impose une identité de rechange où ils seront toujours tenus en suspicion, malgré une allégeance douloureuse et des signes extérieurs d´acculturation.
1.Hugo Lattard. Sarkozy tente de redonner l´espoir aux banlieues. L´Expansion.com - 08/02/2008.
2.Prao Yao Séraphin: Quand Sarkozy déclare la guerre à l´Afrique: Président du Mlan [www.mlan.fr]url:www.mlan.fr Vendredi 14 Septembre 2007.
3.Rapport du Conseil Economie et Social. Le Monde 3.06. 2002.
Pr Chems Eddine CHITOUR
Ecole Polytechnique Alger
Ecole d'Ingénieurs de Toulouse
Mardi 19 Février 2008
vdida2003@yahoo.fr
vendredi, février 29, 2008
Rétention des étrangers : un exemple
Témoignage Cour d’appel du 35bis (Paris) devant laquelle comparaissaient des sans papiers arrêtés lors de la rafle du 12 février dans le foyer du 13° de Paris (Le foyer TAC est le Foyer Terre aux Curés à Paris 13°). Voir l’article expliquant les faits survenus 12 février 2008 au petit matin.
Samedi 16 février, Cour d’Appel du 35 bis, 15h15 : je parviens à entrer dans la salle où doivent être examinés les dossiers de 25 personnes arrêtées au foyer TAC. Les audiences ont commencé vers 9h30 ce matin. 6 heures plus tard, 4 personnes seulement sont passées, et seuls 2 jugements ont été rendus, après des délibérés infinis. Cette attente va se répéter tout au long de la journée, alors qu’invariablement la décision sera la même pour tous les retenus, à une exception près. Les délais vont juste un peu se raccourcir en soirée.
Les avocats (3 commis d’office et une d’astreinte) font l’hypothèse qu’il s’agit d’une juge très peu expérimentée dans ce domaine, et qui n’ose donc pas « prendre de décisions courageuses. ». Aucun d’entre eux ne la connaît, l’avocat de la Préfecture, lui-même, bien rodé dans sa tâche et d’une assurance à toute épreuve ( « Je n’ai aucun état d’âme dans le cadre de ce travail ») voit cette juge pour la première fois.
D’autres choses vont d’ailleurs surprendre. Ainsi lorsqu’en pleine audience le téléphone portable de l’avocate générale sonne et qu’elle y répond, sans aucune remarque de la Juge. Une telle attitude relève du « jamais vu » pour l’une des avocates, et peut selon elle être interprété « comme un signe de mépris total à l’égard de ce qui se passe dans cette cour ».
Le contraste singulier entre une juge qui « marche sur des œufs » et l’avocat de la Préfecture à l’aise comme un poisson dans l’eau, va de toute évidence peser, tout au long de la journée, en la défaveur des retenus. Quelques exemples :
concernant ………………… : un moyen nouveau est soulevé par l’avocate, à savoir la contradiction flagrante entre 2 points de procédure :
- lors du PV de GAV, il est écrit « M. n’a pas souhaité prévenir un membre de sa famille » (alors que son père habite dans le même foyer)
- il a coché la case « je désire faire aviser M. ………………(son père) dans un délai de 3 heures. »
La présidente constate cette contradiction.
L’avocat souligne que le placement en rétention est donc illégal, la procédure étant irrégulière.
L’avocat de la Préfecture invoque alors l’article 74 : « la diligence a été faite dans les 3 h. Puisqu’il n’y a pas d’avis à famille c’est un PV de carence, ça signifie que le père n’a pu être joint. »
La juge questionne alors l’intéressé qui confirme avoir souhaité que son père soit prévenu. Elle ajoute comme si elle avait elle-même vérifié l’information : « les services de police ont cherché à joindre votre père et n’y sont pas parvenus ».
Ce que conteste l’intéressé : « A l’arrivée au CRA, j’ai demandé s’ils avaient réussi à joindre mon père. On m’a répondu qu’ils n’avaient pas essayé. »
La juge clôt le dossier avec un « Mais nous avons ici un PV de 21h, qui dit le contraire. »
Ordonnance confirmée.
concernant …………………. : l’avocat demande l’assignation à résidence car il dispose de garanties de représentation (quittances de loyer et pièce d’identité d’un compatriote ayant le même patronyme.)
L’avocat de la Préfecture s’y oppose, du fait que la quittance n’est pas au nom du retenu. Et pour cause puisqu’il s’agit d’un certificat d’hébergement !
La juge reprend cet argument inepte … l’avocat de la défense ne relève pas.
Ordonnance confirmée.
concernant …………………… : le PV d’interpellation ne porte pas la mention « placement en GAV » et « avisons le juge mandant. », ce qui est cause de nullité de procédure.
L’avocat de la Préfecture indique alors que le juge a été avisé globalement, « puisqu’il a été informé des 106 GAV ». L’avocat maintient qu’il y a irrégularité. Parade de la partie adverse : ce moyen ne figurant pas dans l’appel, la demande n’est pas recevable. S’ensuit une discussion incompréhensible entre avocats et juge, où sont cités les articles 74 et 563. Ordonnance confirmée.
concernant ……………………….. (dernier de la journée, dossier examiné après 23h30) : 2 moyens sont mis en évidence par l’avocat d’office :
- commission rogatoire trop vague
- violation de l’article 63-1 du CP relatif à la notification de la GAV, le PV indiquant que les droits de la GAV ont été lus par l’intéressé lui-même. Or précisément, il n’est pas en mesure de lire, en le comprenant, un énoncé de cette nature en français.
L’avocat de la Préfecture récuse ce moyen :
- « Il a indiqué qu’il lisait péniblement le français »
- « à défaut de le lire et de l’écrire il le comprend », ajoute la juge.
- « ceci n’a pas été mentionné par le premier juge » (pas trace de l’article 63-1 dans le procès du JLD)
L’avocat de la défense demande à la juge de mettre le retenu en situation d’avoir à lire quelque chose, celle-ci répond que « ce n’est pas utile ».
Ordonnance confirmée.
concernant …………………… : pour lequel l’avocat demande une remise en liberté, la Préfecture ayant le passeport et l’avocat présentant des justificatifs d’hébergement.
L’avocat de la Préfecture argue que le passeport ne peut être pris en compte puisqu’il est périmé, « le passeport étant un document trans-frontières, à partir du moment où il n’est plus valide, il ne peut être considéré comme tel et ne peut donc être accepté. » Il prie la juge de confirmer l’ordonnance et le maintien en CRA, « car la présence de ce passeport, même périmé, facilitera l’obtention du laisser passer auprès des autorités maliennes. »
La réalité de l’hébergement depuis 2004, chez une amie, est contestée au seul motif qu’il a « pourtant été interpellé au foyer AFTAM. »
Lorsque nous faisons remarquer à une avocate que ça ne constitue pas une preuve qu’il n’est pas hébergé par cette amie, nous recueillons un sourire narquois et condescendant.
Ordonnance confirmée.
concernant ………………………. . : entré en France en 1991, il était en règle en 2005. Détail que cela ! Ordonnance confirmée.
2 autres retenus comparaissaient aussi ce jour-là : un Algérien, ………………………. (le premier jugement ayant été rendu par la Préfecture de Créteil.) A l’énoncé de son lieu de naissance, (Rélizane), une militante de la LDH nous rappelle que cette ville de Kabylie a vu son nom immortalisé par un massacre terrible en 1998. Cet homme comparaît alors que son épouse (française) et sa mère sont dans la salle.
L’avocat demande la remise en liberté car il y a de solides garanties de représentation : l’épouse a notamment apporté les quittances de loyer. Mais pas le bail de location !
Alors que nul ne conteste la réalité de la vie commune de ce couple, il repart pour le CRA. Son épouse pleure. Sa mère, qui ne peut se résoudre à comprendre ce qui se passe, regarde autour d’elle, effarée.
Et un Turc, …………………… : l’avocate reprend les moyens invoqués lors du premier jugement : il a été placé en GAV puis en rétention avec APRF alors qu’il s’était présenté spontanément à une convocation au commissariat pour « affaire vous concernant ».
L’avocate rappelle que la CEDH a déjà condamné la France pour arrestation déloyale. En vain.
M. Ozan retournera lui aussi au CRA.
vient ensuite l’examen des 6 appels du Préfet, à la suite de 6 décisions de remise en liberté, prononcées par le tribunal d’Evry. Les intéressés ont préféré ne pas courir le risque de venir comparaître. Ils ne sont pas représentés par un défenseur : tous les avocats sont partis.
Moment de « justice confidentielle » : l’avocat de la Préfecture s’avance au plus près du bureau de la juge, et commence à lui parler à voix basse. La porte de la salle des délibérés (drôle de terme quand on y pense : la juge, étant seule, a du délibérer avec elle-même !) est ouverte avec les frappements réguliers du tampon de la greffière. Nous n’entendons à peu près rien de ce qui se trame.
Cette justice rendue en notre nom n’en a plus aucune des formes. Protester énergiquement, au risque d’être sorti pour outrage ?
Nous appelons la greffière revenue dans la salle, et lui faisons remarquer l’aberration de la situation. Elle va en faire état à la juge qui se reprend et demande à l’avocat de retourner plaider à la barre. Il s’exécute de mauvaise grâce, ce qui nous permet de l’entendre exposer son motif, dont il précise que, comme il est « identique pour les 6 dossiers, je ne plaiderai qu’une fois. » N’est-ce pas justement ce qu’avaient demandé les avocats de la défense le matin même, pour la même raison, et qui leur avait été refusé ? Cette fois-ci ce sera accordé.
Cette différence de traitement vient-elle du fait qu’il est plus de minuit ? Ou du fait que ce matin les avocats demandaient la mise en liberté de tous les retenus, alors que l’avocat de la Préfecture, lui, demande d’infirmer les 6 décisions de remise en liberté ?
La décision de 1ère instance sera confirmée et l’appel de la Préfecture rejeté. Maigre consolation....
Pendant tout ce temps, les retenus attendent dans une petite pièce.
Ils n’ont accès qu’aux toilettes et à une fontaine d’eau. Nous n’avons pas le droit de communiquer avec eux. A un moment nous demandons aux gendarmes qui les surveillaient de bien vouloir leur transmettre un peu de nourriture. Refus. Après le verdict, chacun est reconduit vers le CRA, à l’exception du seul libéré de la journée (sur les 21 qui se sont succédé, dont 19 arrêtées au foyer TAC). Pourquoi celui-là a-t-il été libéré ? Alibi pour tenter de faire croire au pékin moyen qu’il y a une « quand même une justice » ?
Tandis que pendant les pauses, en salle d’audience les avocats devisent, et à une heure avancée le ton se détend :
- "Ca va peut-être devenir habituel. Tous les lundis un autre foyer, et bien, comme ça on aura atteint les quotas au mois de mai !
- "Ils ont trouvé la poule aux oeufs d’or !"
- "Une opération comme ça c’est un travail incroyable, ce rythme n’est pas tenable si on veut que les dossiers soient impeccables"
Je questionne un peu plus tard l’une des avocates dans le couloir pour savoir si l’allusion aux « dossiers impeccables » est du ressort du pur cynisme, ou de l’humour noir : « Mais non, c’est vrai ! On est ici devant une procédure plutôt bien ficelée. Il y a relativement peu d’erreurs. »
Voilà qui a de quoi laisser songeur…
Avant de conclure, encore 2 remarques, qui sont aussi 2 interrogations :
- Sauf erreur de ma part, la question « y a-t-il une intervention volontaire du GISTI pour ce dossier ? » n’a été posée que pour 8 des 15 retenus. Pourquoi cela n’a-t-il pas été fait pour les autres ?
- et, toujours sauf erreur de ma part, 5 ou 6 seulement de ces 15 personnes ont été assistées par un interprète lors de cette audience. Ce qui, on peut le supposer, est préférable pour eux. Mais même dans ces cas-là, l’observation de ce qui se passe laisse parfois perplexe : en effet, de nombreux échanges ont lieu entre avocats et magistrat sans que personne ne considère utile d’informer l’intéressé de ce qui se dit à son sujet. Lorsque des questions ou des échanges sont traduits, c’est à la vitesse de la parole du locuteur initial. Et lorsque tombe la sentence, qui tient en 2 mots, il n’y a pas de commentaire, le retenu est reconduit, dans l’indifférence générale, vers la porte et –faut-il le rappeler ?- vers une probable expulsion, après un séjour plus ou moins long en prison (maximum 32 jours actuellement, durée qui risque de passer à 18 mois selon les projets qui seront examinés en mai prochain.)
Comment peut-on prétendre, comme n’a cessé de le répéter l’avocat de la Préfecture tout au long de la journée, que les sans papiers qui comparaissaient devant cette instance avaient « parfaitement compris l’étendue de (leurs) droits tout au long de la procédure », et que l’absence d’interprète à leurs côtés, dès le début de celle-ci, ne pouvait être considérée comme un vice de procédure ?
Quiconque aurait à vivre, en si peu de temps, une accumulation de traumatismes de cet ordre, aurait sans doute du mal à en prendre la pleine mesure et à interpréter correctement le sens de tout cela, quand bien même ses droits lui seraient énoncés dans sa langue maternelle (ce qui n’a été le cas pour aucun d’entre eux), le langage juridique n’ayant qu’une parenté lointaine avec celle-ci.
Ce même jour, l’un des avocats a fait remarquer à la juge qu’il était tout de même curieux qu’en la circonstance tant d’interpellés aient refusé globalement l’assistance, tant d’un interprète que d’un avocat et même d’un médecin. La juge non seulement en a convenu et déclaré que cela lui avait effectivement semblé bizarre, pour ajouter aussitôt « il ne m’appartient pas ici d’en chercher la raison. »
Se pourrait-il que cette raison soit économique ? Un dialogue entre l’un des avocats et une interprète laissait entendre que la Préfecture rechignerait à appeler les interprètes aussi souvent que nécessaire pour cause de budget. L’interprète a précisé que lorsque le traducteur est requis par la police, les factures sont adressées au Tribunal, parce que la Police dépend du Parquet ; alors qu’au CRA cela dépend de la Préfecture. Elle suggère de soulever le problème auprès du bâtonnier.
L’un des avocats remarquait que souvent les personnes arrêtées déclarent comprendre le français, parce qu’elles parviennent à se débrouiller dans les interactions quotidiennes. Et parce qu’elles considèreraient comme dévalorisant de dire le contraire, eu égard à la durée de leur séjour en France, et au fait que la maîtrise de la langue est à la fois un gage et une preuve d’intégration. Mais dans des circonstances comme celles-ci, leur intérêt est de comprendre le mieux possible ce qui se passe. Il paraît donc important de les inciter à demander un interprète.
D’autant plus que s’ils le demandent et ne l’obtiennent pas, cela pourrait constituer un vice de procédure ?
Marie-Odile Mougin
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jeudi 28 février 2008.
jeudi, février 28, 2008
Des sans papiers régularisés pour cause de travail
Les neuf cuisiniers en situation irrégulière, travaillant dans un restaurant parisien du groupe Costes, ont finalement obtenu gain de cause.
Les neuf cuisiniers africains sans papiers d'un restaurant de luxe parisien ont repris le travail, ce mardi, au terme de 5 jours de grève pour réclamer leur régularisation par leur employeur. La préfecture de police de Paris a accordé un titre de séjour à sept d'entre eux, les deux autres devraient être régularisés dans la semaine. Cette régularisation intervient dans le cadre de l'article 40 de la nouvelle loi sur l'immigration.
Cet article précise que des immigrés venus de pays en dehors de l'Union européenne peuvent être régularisés si leurs compétences professionnelles sont très recherchées. Or les sept cuisiniers sont de nationalité malienne et ivoirienne et la restauration est un secteur qui manque cruellement de personnel.
C'est une circulaire en date du 7 janvier 2008 qui a précisé au préfet les conditions précises d'attribution des cartes de séjour. Il y en a deux : il faut tout d'abord que les immigrés aient des qualifications et une expérience professionnelle dans un secteur en manque de main d'oeuvre. Or, les cuisiniers travaillaient dans le restaurant de la Grande-Armée depuis au moins deux ans, neuf ans même, pour certains.
La seconde condition est qu'un employeur s'engage à embaucher la personne immigrée pour un contrat d'une durée d'un an minimum ou dans l'idéal pour un CDI (contrat à durée indéterminée). Là aussi, les cuisiners répondaient aux critères puisque le gérant du restaurant avait précisé qu'il ferait toutes les démarches nécessaires pour embaucher ses salariés.
Pour le porte-parole des cuisiniers, Jean-Claude Amara, c'est une grande victoire qui ouvre la voie à la régularisation de milliers d'autres travailleurs sans papiers. Mais la circulaire du ministère de l'immigration est claire : ce dispositif ne doit concerner qu'un nombre très limité d'individus, les étrangers en situation irrégulière ont vocation à regagner leur pays d'origine.
mercredi, février 27, 2008
Immigration : impossible de comparer les chiffres d'un pays à l'autre
Source : Challenges.fr | 26.02.2008
Les pays européens ne comptabilisent pas tous de la même façon les flux migratoires et n'ont même pas une définition semblable du migrant.
Les pays européens ne comptabilisent pas tous de la même façon les flux migratoires et n'ont même pas une définition semblable du migrant, selon une étude publiée dans le dernier numéro de la revue Population et sociétés mardi 26 février.
Dans un article intitulé "Les migrations internationales en Europe : vers l'harmonisation des statistiques", l'auteur souligne qu'on ignore les chiffres de l'émigration et de l'immigration en 2005 pour 7 des 27 pays membres de l'Union européenne, selon l'organisme Eurostat. Il ajoute que "quand ces chiffres existent, ils ne sont pas toujours fiables et comparables d'un pays à l'autre".
Même chose pour la définition du migrant: certains pays ne prennent en compte que les séjours d'au moins un an, d'autres écartent les séjours universitaires ou professionnels, ou les demandeurs d'asile.
Cette disparité ne devrait toutefois plus perdurer, du fait du règlement européen (862/2007) de l'été dernier sur les statistiques communautaires sur la migration et la protection nationale. Ce règlement, qui a une valeur contraignante, demande aux pays européens de fournir des données identiques concernant les émigrations et immigrations (y compris des nationaux), permis de séjour, naturalisations, et demandes de protection (droit d'asile)...
254.000
Ainsi, les statistiques 2008 (établies en 2009) devraient être harmonisées pour l'ensemble de l'Europe.
Actuellement, la France comptabilise seulement l'immigration étrangère hors UE, chiffrée à 165.000 entrées pour l'année 2005. Selon l'auteur de l'article, Xavier Thierry, chercheur à l'INED (Institut national d'études démographiques), ce chiffre passerait à 254.000 si on utilisait les critères recommandés par l'UE, c'est-à-dire en incluant les sorties (émigration) ainsi que les mouvements des membres de la communauté européenne et des nationaux.
Télécharger L'étude de l'Ined
mardi, février 05, 2008
Le banquier n'est pas juge de la régularité du séjour de son client
Com. 18 décembre 2007, FS-P+B, n° 07-12.382
Lors de l'ouverture d'un compte, l'établissement de crédit doit procéder à un certain nombre de vérifications : domicile et identité doivent être contrôlés conformément aux articles R. 312-2 et R. 563-1 du code monétaire et financier. Le postulant est alors tenu de présenter un document officiel portant ses photographie et signature. La loi n'ayant pas défini la notion de « document officiel », la jurisprudence est venue en donner une illustration au cas par cas. Ainsi a-t-il été décidé que la seule présentation d'une carte de séjour était insuffisante (Com. 3 avr. 1990, Bull. civ. IV, n° 105 ; Paris, 25 avr. 1997, D. Affaires 1997. 1154), de même qu'un certificat de réfugié politique (Paris, 17 févr. 1989, Gaz. Pal. 1989, 2, p. 521, obs. Piédelièvre), ou encore une carte d'identité périmée portant une adresse différente de celle que le client déclarait être la sienne (Civ. 1re, 2 nov. 2005, D. 2006. AJ. 62, obs. Avena-Robardet ; Com. 8 nov. 2005, JCP E 2006, n° 22, p. 959, obs. Salgueiro).
En l'occurrence, La Poste avait ouvert un compte livret A à une personne ayant demandé le statut de réfugié, sur présentation d'un récépissé constatant le dépôt de sa demande, valable jusqu'au 4 octobre 2002 et renouvelable. Ce récépissé comportait la photographie et la signature de l'intéressée. À partir du mois de mai 2005, cet établissement de crédit a toutefois refusé à sa cliente l'accès à son compte au motif que ce récépissé était venu à expiration et que l'identité de la titulaire n'était justifiée par aucun document en cours de validité. Cette pratique de La Poste est connue. En règle générale, elle n'accepte pas les titres de séjour périmés et peut refuser la restitution des sommes détenues sur un livret A (V. Migrants/étrangers en situation précaire, Guide Comede, 2008, p. 146 s.). Mais, en l'espèce, loin de se laisser faire, la cliente a demandé en référé la condamnation du banquier à lui donner accès à son compte sur présentation de ce récépissé, seul document dont elle disposait, et à lui délivrer un relevé d'identité bancaire. Ce que lui a refusé la cour d'appel de Paris, au motif que La Poste était tenue, sous peine d'engager sa responsabilité, de vérifier l'identité du titulaire du compte, non seulement à son ouverture, mais également durant toute la durée de son fonctionnement (Paris, 24 févr. 2006, JCP E 2006, n° 48, p. 2030, n° 12, obs. Salgueiro). Fort heureusement une telle décision est censurée par la Cour de cassation. La justification de l'identité ne doit pas être confondue avec la régularité du séjour.
Ici il n'existait aucun doute sur l'identité de la personne en question. La Poste avait elle-même considéré le récépissé, non périmé à l'époque de la demande d'ouverture du compte, comme valant pièce officielle d'identité. Elle n'avait exigé aucun autre document et justificatif et ne pouvait dès lors opposer à sa cliente le même récépissé, fût-il expiré, pour lui dénier l'accès au compte et la délivrance d'un relevé d'identité bancaire. Du reste, dans une décision du 16 mars 2005, le tribunal administratif de Paris a jugé que la procédure du droit au compte ne pouvait être subordonnée à la régularité du séjour du demandeur en France et que la Banque de France ne pouvait opposer un refus au postulant au motif qu'il ne disposait pas d'un titre de séjour en cours de validité (TA Paris, 16 mars 2005 n° 0502805/9, Rép. min. n° 65599, JOAN Q 22 nov. 2005, p. 10839 ; JCP E 2005, n° 50, p. 2147).
La Cour de cassation ne dit pas expressément qu'un tel récépissé vaut document officiel au sens des articles R. 312-2 et R. 563-1. Simplement, à partir du moment où une banque considère un document comme tel, elle ne peut plus, par la suite, lui dénier cette qualité pour lui refuser l'accès à ses comptes, l'identité ayant été préalablement établie et n'étant pas contestée.
Source : éditions Dalloz
mercredi, janvier 30, 2008
Les galères des « choisis » de l’immigration
«Accueillir davantage d’étudiants étrangers en scolarité payante», voilà la proposition 221 du rapport Attali. Le ministre de l’Immigration, Brice Hortefeux, approuve : «Ce que propose ce rapport, c’est la relance de la croissance et l’augmentation de la main-d’oeuvre qualifiée.» Soit. Ce n’est pas ce que vit Bayrem, Tunisien, élève ingénieur en mathématiques. Il a subi les mois d’attente, les rendez-vous multiples, pour sa demande de titre de séjour auprès du CROUS (Centre régional des oeuvres universitaires et scolaires).
La mécanique est fastidieuse : d’abord demander un entretien, mais impossible d’en obtenir par téléphone. Il faut y aller. Puis, une fois l’entretien accordé, l’étudiant doit apporter une montagne de documents : «Pas juste ta carte d’étudiant, il te faut tout !» en rigole Bayrem. Seulement après, ils reçoivent le récépissé. Presque un sésame, puisqu’il tiendra lieu de « papiers » jusqu’à l’obtention du titre. L’avoir en poche peut être considéré comme un exploit. Une machine en panne et il faut tout reprendre à zéro. Olfa, elle aussi élève ingénieur, en a fait l’amère expérience. Recommencent alors les heures d’attente dans
les locaux surchargés du CROUS. De retards en rendez-vous manqués, la procédure s’enlise au point d’annuler plusieurs mois d’études prévus à l’étranger. Étudiante marocaine, Najoua n’a pu compléter sa formation au Canada comme elle le souhaitait, faute de carte de séjour.
Il faut toujours attendre. Attendre que la préfecture se manifeste, quand elle ne vous oublie pas… C’est le cas de Zineb qui, voulant rentrer chez elle pour Noël, a découvert que la préfecture avait sa carte de séjour « depuis un bail ». Sans cette carte, les étudiants n’ont plus droit aux aides au logement et loupent des journées de cours. Chaque année, il faut tout recommencer. Pis, les procédures changent d’une année à l’autre. «Il faut connaître toutes les combines», s’amuse Bayrem.
Mais avoir ces papiers n’est pas toujours suffisant. La situation se corse pour les stages, obligatoires en école d’ingénieurs, puis pour l’emploi. Pour recruter un immigré, les entreprises doivent justifier qu’aucun Français n’a pu pourvoir au poste. C’est la préférence nationale. Alors les entreprises truquent, profitent de la durée du stage pour affirmer qu’aucun Français n’a pu prendre le poste.
Tel est, à contre-courant des propos de Brice Hortefeux, le quotidien de ces élèves ingénieurs archétypes de l’immigration choisie. Tous, entreprises et étudiants, s’interrogent sur les raisons de ces méandres bureaucratiques.
Source : l'Humanité, 28 janvier 2008
mercredi, janvier 23, 2008
Affaire Blanc : comment les sarkozystes épurent la police
Philippe Cohen
Le directeur de la police générale de la préfecture de police de Paris n'était pas du clan. Il a osé dire la vérité sur la politique d'immigration. Son éviction lui a été signifiée par téléphone...
Yannick Blanc, le directeur de la police générale de la Préfecture de police de Paris (DPGPP), a appris à la fin de la semaine dernière qu'un décret présidentiel mettait fin brutalement à ses fonctions, dans des conditions inédites pour un haut fonctionnaire de son rang. Yannick Blanc paye, avec retard, un crime de lèse-Sarkozy qui date de l'été 2006 : alors que le ministère avait évoqué quelques centaines de régularisations, son interview, mise à la une du Monde , en prévoyait des milliers. Une déclaration qui avait provoqué la colère de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur. Dix-huit mois plus tard, ceux qui le servent, et en premier lieu Michel Gaudin, le préfet de police de Paris, ont jugé que l'heure de la vengeance du Maître avait sonné. Yannick Blanc sera donc affecté à l'Inspection générale de l'administration, une sorte de goulag administratif pour hauts fonctionnaires non sarkozystes. Entre juillet 2006 et aujourd'hui, il y a eu dix-huit mois de coups tordus pour parvenir à une éviction qui finit d'homogénéiser la hiérarchie de la police. Désormais, celle-ci est totalement acquise au nouveau régime.
Les préfets appelés à faire du chiffre
Tout a donc commencé par une polémique sur les chiffres, ce « signifiant-maître », comme diraient les lacaniens, de la politique sarkozyste : le directeur général de la Préfecture de Paris avait dit tout haut ce que chacun sait dans l'administration, à savoir que la rhétorique volontariste sur les reconduites aux frontières se heurte à la fois à la législation européenne, qui permet et favorise la circulation des étrangers, et aux passe-droits (4000 par an à Paris tout de même) des gouvernants, qui servent aussi à contenir la contestation des associations sans-papiéristes et à complaire aux demandes des politiques et de la jet-set qui veulent régulariser leurs domestiques. A l'été 2006, la circulaire du 13 juillet 2006 qui ouvrait aux préfectures une nouvelle latitude permettant d'instruire avec souplesse les dossiers concernant les parents étrangers d'enfants scolarisés. Au lieu de se taire, en annonçant que plusieurs milliers de régularisations allaient survenir à la suite de cette circulaire, Yannick Blanc montrait les contradictions de la politique d'immigration. Gérant, entre autres, le service des « affaires réservées », il était bien placé pour savoir que les ministres et les hommes politiques, si vindicatifs sur les reconduites aux frontières, ne sont pas les derniers à exiger des faveurs concernant leurs femmes de ménage ou pour celles de leurs amis, people ou pas.
l'immigration, un maquis législatif
Yannick Blanc n'a rien d'un « sans-papiériste ». Mais l'affichage rhétorique, aux accents plus ou moins musclés selon les périodes et les ministres, n'y change rien : la volonté de maîtriser les flux migratoires ne saurait faire oublier que l'administration use de son pouvoir discrétionnaire pour déroger au maquis législatif effrayant qu'est devenu notre droit des étrangers, soumis à un interventionnisme boulimique du législateur.
Cette frénésie n'a d'égale que la complexité du dossier de l'immigration. Il est parfaitement légitime que l'État fixe des limites aux flux migratoires pour préserver une politique d'intégration cohérente ainsi qu'un certain niveau de rémunération du travail. Il n'en reste pas moins vrai que l'action de l'État se heurte aux réalités de l'Union européenne (liberté de circulation, effacement des frontières intérieures) ainsi qu'à la structure et aux besoins des marchés du travail.
Si bien que le principal obstacle au volontarisme affiché par le gouvernement en matière d'immigration réside dans l'Etat de droit lui-même, qui permet aux étrangers en situation irrégulière de contester devant le Tribunal administratif un Arrêté préfectoral de reconduite à la frontière. Sait-on que même en centre de rétention, le Juge des libertés peut annuler l'exécution d'une mesure de reconduite et que 40% des procédures de reconduite ont été ainsi annulées en 2007 ?
Comment dès lors dépasser le simple stade de la posture volontariste ? Tel est peut-être le sens de l'inflexion donnée récemment par le législateur en autorisant au cas par cas les préfectures et les directions départementales (DDTE) à régulariser une immigration dite de travail afin de répondre à des besoins segmentés (une liste des métiers ouverts à cette régularisation est annexée à la loi). La remise du rapport Attali risque d'ailleurs de relancer ce débat et de provoquer une certaine gêne dans les rangs de la majorité.
Une micro-bulle médiatique
En réalité, le ministère n'avait aucune charge professionnelle réelle contre le travail du directeur général. Il restait les coups tordus. Yannick Blanc ne payait donc rien pour attendre. Il allait être mouillé à l'instruction d'une affaire crapuleuse de façon à faciliter son éviction.
A la suite d'une instruction judiciaire, plusieurs agents du service des affaires réservées (celui-la même qui gère la partie dérogatoire de l'activité de la Préfecture de Police en matière de droit des étrangers) allaient être placés en garde à vue et certains mis en examen. Présomption de trafic de titres de séjour, présomption de corruption ont alimenté ainsi une micro-bulle médiatique aboutissant à égratigner Blanc, puisque, innovation suprême à la Préfecture de Police, il fut entendu lui-même et placé pendant 48 heures en garde à vue dans les locaux de l'Inspection Générale des Services, sans qu'aucune poursuite judiciaire ne soit finalement lancée contre lui par le magistrat instructeur.
Mais, comme Marianne l'avait écrit à l'époque (« Comment la jet-set régularise ses femmes de ménage »), débarquer Blanc eût été impensable en 2006 : la Préfecture de Police était à l'époque tenue par Pierre Mutz, qui avait été choisi par Jacques Chirac pour faire échec à la nomination de Claude Guéant, alors directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, qui guignait le poste. Le résultat de cette nomination est connue : elle aboutit à faire de Claude Guéant, grand préfet de la République éconduit, haut fonctionnaire loyal, un personnage central du dispositif de Nicolas Sarkozy.
Bruyamment médiatisée, la garde à vue de Yannick Blanc permettait de brosser un portrait de l'infortuné haut fonctionnaire, suspecté d'avoir cautionné certaines dérives, légèreté évidemment explicable par un tempérament laxiste caractérisé par une trop grande perméabilité au chantage des associations, doublée d'une mauvaise gestion interne. En tout état de cause, après 48 heures de garde à vue, la position de ce haut fonctionnaire était affaiblie, et la radio-moquette de la préfecture le jugeait déjà « inadapté au poste ». Pire, il était supposé manquer d'ardeur pour satisfaire aux exigences de Brice Hortefeux en matière de reconduite. L'arrivée de Michel Gaudin à la Préfecture de Police, héritant du cas Blanc, érigé pour l'occasion en vilain mouton noir, ne pouvait que précipiter sa deuxième mise à mort administrative. Cette fois sous la forme d'un décret présidentiel mettant sèchement fin à ses fonctions.
Un bilan 2007 calamiteux
Complot sarkozyste ? Le Président ne s'est sans doute pas directement occupé du cas Blanc. Mais on peut soupçonner le zèle, le cynisme et la brutalité des nouveaux affidés, soucieux de devancer le désir du Prince. Sur ordre du préfet Michel Gaudin, Yannick Blanc a appris sa disgrâce par un coup de fil. Au nom du fameux principe de gouvernance sakozyste : « Qui n'est pas avec moi est contre moi. » Quelques heures plus tard, il faisait ses cartons.
Blanc parti, nul doute que le chiffre va devenir l'horizon indépassable de la politique de l'immigration. Le pari de Brice Hortefeux, est, à ce niveau, risqué : alors que l'objectif de la Préfecture de police était de 3680 reconduites, seules 2800 ont été effectives en 2007, et parmi elles, un bon millier de reconduites de gitans dont on sait pas avance qu'ils reviendront au pays. Au passage, pour « aider » le préfet à « faire son chiffre », Patrick Stéphanini, secrétaire général du Comité interministériel de contrôle de l'immigration, avait doublé la prime financière accordé à l'immigré quittant la France. Voilà comment on a aidé ces Roumains à «prendre quelques vacances au pays», comme on en plaisante à la préfecture, pendant que le bon peuple croit sincèrement, aidé en cela par les gesticulations des associations de défense de sans-papiers, que le gouvernement a musclé sa politique d'immigration.
mardi, janvier 22, 2008
L'immigration, inévitable, indispensable, par Frédéric Lemaître
LE MONDE | 22.01.08
a commission présidée par Jacques Attali sur la croissance devait proposer, mercredi 23 janvier, à Nicolas Sarkozy d'ouvrir largement les frontières à l'immigration. Le sujet est d'autant plus sensible que, loin d'avoir préparé les esprits à une telle évolution, le président mène, depuis qu'il est élu, la politique inverse. Pourtant, tout indique que la rupture préconisée par la commission Attali est nécessaire, tant le gouvernement, dans ce domaine, fait fausse route.
Officiellement, la politique de Nicolas Sarkozy et de Brice Hortefeux présente une double caractéristique : d'un côté, on expulse massivement - et avec objectifs chiffrés à la clé - des clandestins. De l'autre, on accueille - voire on régularise - au cas par cas et sans indiquer de chiffres en fonction des besoins de l'économie. C'est le principe de l'immigration choisie, tel que défini par la France. La réalité est plus complexe : nonobstant les discours du gouvernement, environ 200 000 étrangers entrent chaque année en France et environ 100 000 la quittent. Néanmoins, il suffit de voir comment les étrangers, surtout lorsqu'ils ne sont pas blancs, sont accueillis par la police à Roissy pour comprendre qu'ils ne sont pas les bienvenus, y compris lorsqu'ils ont un portefeuille bien garni.
Serait-ce à dire qu'il y a trop d'immigrés en France ? Tout laisse pourtant penser l'inverse. La France compte moins d'immigrés de fraîche date que la plupart des autres pays. En Australie, près du quart des habitants sont nés à l'étranger. Près d'un Canadien sur cinq est dans ce cas, tout comme 13 % des Allemands, 13 % des Américains, plus de 10 % des Irlandais, et près de 10 % des Britanniques. En revanche, ce chiffre tombe à 8,1 % en France. Comme le constate Guillaume Duval dans son livre Sommes-nous des paresseux ? (Seuil, 226 p., 15 €), "la France est le pays riche qui, en dehors du Japon, a maintenu ses frontières le plus hermétiquement closes depuis 1995 : le poids des immigrés dans la population a augmenté depuis lors 6,5 fois plus en Espagne qu'en France, 4,9 fois plus aux Etats-Unis, 3,6 fois plus au Royaume-Uni, 1,8 fois plus en Allemagne..."
De tous les pays cités, la France est celui où la croissance économique est l'une des plus faibles. Ce n'est pas un hasard. M. Sarkozy explique que la France doit travailler plus et produire plus. En bonne logique, l'immigration devrait être une pièce maîtresse de ce dispositif. Des immigrés contribuent à la fois à l'offre de travail et à la demande de biens et de services. "En Espagne, aux Etats-Unis, en Irlande et en Grande-Bretagne, une partie de la croissance s'explique par l'augmentation de la population", estime Lionel Fontagne, professeur d'économie à l'université Paris-I. Ce que confirme l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), même si ses experts jugent qu'"en général, l'immigration accompagne la croissance plus qu'elle ne la provoque".
Brice Hortefeux, ministre de l'immigration, reconnaît que "l'immigration zéro n'est ni possible ni souhaitable". Prétendre fermer les frontières paraît d'autant plus vain que la libre circulation à travers l'espace Schengen interdit, de fait, à la France de faire cavalier seul en Europe et que la pression mondiale ne peut que s'accroître. Une ONG britannique, Christian Aid, estime que le réchauffement climatique pourrait contraindre 1 milliard de personnes à migrer d'ici à 2050. Même sans sombrer dans ce catastrophisme, l'hebdomadaire The Economist (5 janvier) note qu'il y a environ 200 millions de migrants (légaux ou illégaux) aujourd'hui dans le monde. "Cela paraît beaucoup mais ça ne représente que 3 % de la population mondiale. Il y a donc un grand potentiel de hausse. Les migrations se sont révélées être une bonne stratégie des pauvres du monde entier pour vivre un peu mieux."
Mais il n'y a pas que les pauvres qui veulent émigrer. Quitter son pays coûte cher. C'est risqué. Psychologiquement voire physiquement. Souvent, seuls les plus qualifiés osent se lancer. "Depuis 1992, 40 % des flux d'immigrés en France ont au moins un bac + 2. A Sangatte, on a constaté que 60 % des réfugiés étaient titulaires d'un bac + 4", explique El Mouhoub Mouhoud, professeur à Paris-Dauphine. Pour ce spécialiste, le concept d'immigration sélective n'est pas opérationnel. "On dit qu'il y a en France 7 % d'immigration économique. Le reste, 93 %, serait constitué d'épouses et d'enfants, de demandeurs d'asile ou d'étudiants. Mais ça n'a pas de sens car, très vite, la plupart de ces gens cherchent à leur tour du travail."
BRISER LE TABOU
Surtout, l'immigration choisie se heurte à un problème. Tous les pays développés sont en concurrence pour recruter l'informaticien indien ou l'infirmière africaine. Du coup, ce sont eux qui ont les atouts en main et leurs stratégies ne correspondent pas toujours à celles des pays d'accueil. "Pour limiter le coût et le risque liés à la mobilité, les migrants attachent plus d'importance aux réseaux qu'ils peuvent constituer dans un pays qu'aux emplois précis qu'on leur propose", constate M. Mouhoud. Résultat : les Indiens privilégient les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne, les Sud-Américains l'Espagne et les Etats-Unis et les Africains francophones la France.
En Allemagne, l'ancien chancelier Gerhard Schröder avait lancé, en 2000, un appel aux informaticiens étrangers (essentiellement indiens), tout en limitant à 20 000 le nombre d'entrées possibles pour ne pas être submergé de demandes. Mais comme les Etats-Unis et le Canada offraient de meilleures conditions (salaires plus élevés, langue anglaise, visas à durée indéterminée), l'Allemagne n'a délivré que 18 000 "cartes vertes".
La France aura-t-elle plus de chances avec la carte "compétences et talents" qu'elle vient de lancer - à 2 000 exemplaires seulement - à destination des salariés très qualifiés des pays étrangers ? Celle-ci n'étant valable que trois ans (renouvelables), il y a de fortes chances que la même situation produise les mêmes effets. Surtout que la concurrence va s'exacerber. "L'évolution de l'immigration dépendra (...) surtout de la capacité de la France à accueillir dans de bonnes conditions les immigrés et leurs familles dans un contexte où les autres pays de l'Union européenne, du fait de leur faible natalité, auront des besoins de main-d'oeuvre plus importants que la France et seront donc aussi à la recherche de main-d'oeuvre étrangère", notait, en 2007, un rapport du Conseil d'analyse stratégique sur "les métiers en 2015".
Que l'immigration pose des problèmes est évident. Mais tant les besoins à venir de l'économie que l'équilibre des comptes sociaux exigent que l'on brise le tabou sur le sujet. Au lieu de créer un ministère de l'immigration et de l'identité nationale, Nicolas Sarkozy se serait montré plus visionnaire en confiant ce dossier au ministère de l'économie et à celui de l'enseignement supérieur.
Frédéric Lemaître
vendredi, janvier 18, 2008
Les pouvoirs du préfet face à la demande de visa d'un conjoint de Français
CE, ord. réf., 28 novembre 2007, M. Hassan M., n° 310286
L'article L. 211-2-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers (CESEDA) dans sa rédaction issue de la loi du 24 juillet 2006, permet au conjoint de Français vivant en France avec celui-ci de solliciter un visa au préfet. Dans un tel cas, précise le Conseil d'État, « il appartient au préfet d'examiner si le demandeur remplit les conditions fixées et, dans cette hypothèse, de transmettre la demande aux autorités consulaires françaises qui doivent l'examiner compte tenu, notamment, des dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 211-2-1, relatif à la délivrance d'un visa à un conjoint de Français ».
En l'espèce, M. M., en situation irrégulière, avait présenté une telle demande au préfet qui, l'ayant jugée irrecevable, ne l'avait pas transmise aux autorités consulaires. À tort, estime le juge des référés. L'intéressé ayant été ultérieurement reconduit à la frontière et ses conclusions étant devenues sans objet, le juge précise qu'il peut toujours « saisir les autorités consulaires de France au Maroc d'une nouvelle demande de visa qui sera instruite conformément aux dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 211-2-1 » du CESEDA.
Source : Dalloz - Actualités
mardi, janvier 15, 2008
La Grande-Bretagne menacée par l’immigration
Source : Lastminutes du 15 janvier 2008
La Grande-Bretagne doit construire 2 millions de nouvelles maisons pour faire face au nombre de plus en plus important d’ immigrés. Ceci signifie que 263 maisons doivent être construites journalièrement et ce, durant une période de 20 ans. Ce qui représente l’équivalent de la taille de la ville de Paris. Selon le rapport des réclamations Britannique de Migrationwatch, on annonce que 40% des maisons prochainement construites iront aux nouveaux migrants. On y apprend que le taux d’immigration en Grande-Bretagne est 25 fois plus élevé qu'en presque mille ans d’histoire.
Les «avantages» économiques sont avertis par ‘coups de trompette’ par le gouvernement à chaque occasion. ‘On n’entend jamais parler des coûts, tels que le chiffre total absolument énorme suite aux conditions d'infrastructure afin de construire les millions de maisons exigées pour les nouveaux immigrés. La pression supplémentaire qui sera mise sur des écoles, le transport et les services de santé «auront des ramifications massives pour chacun vivant dans ce pays pendant les décennies à venir. Notre pays a déjà une densité identique à celle de l’ Europe. Nous ne pouvons pas nous permettre de continuer. Notre objectif doit maintenant être d’un plus large équilibre entre l'immigration et l'émigration’
Le gouvernement prévoit qu’en l'Angleterre, la migration se développera de 130.000 nouveaux venus lors de chacune des prochaines années à venir pour atteindre 171.500/an en 2026. 40% de nouvelles maisons migratrices est expliqué pour s’avertir des ménages à venir qui s’élèvera de 223.000 à 246.000/ an. Les Députés les ont assignés sur la base du besoin, signifiant que des immigrés sont souvent désignés comme prioritaire car ils sont fraîchement débarqués dans le pays et ne savent pas où aller pour y vivre. En 2006, 10.000 maisons d’une valeurs de £1.3billion ont été remises aux immigrés. Le gouvernement payant presque la moitié de cette somme. Le reste a été déposé par des associations et des agences immobilières.
Le rapport conclut en disant que l'avantage économique global de la migration est faible mais fortement supérieur par l’implication d'ajouter 18 millions à notre population dans les 50 ans à venir. Le groupe de réflexion présentera ses résultats demain à la Chambre des Lords. Trevor Phillips, élu du gouvernement, a récemment indiqué la crainte de voir les migrants se ruer sur les files d'attente, alimentant des tensions. Le rapport de Migrationwatch s’attaque également à ce qu'il appelle 'le mensonge préféré des quatre du gouvernement' sur les avantages de l'immigration. Il écarte l’hypothèse que les migrants sont nécessaires pour occuper les 600.000 offres d'emploi alors qu’environ 900.000 personnes sont venues depuis 2001, et que les offres d'emploi demeurent les mêmes.
Il rejette les suggestions suivantes:
- les immigrés s’expliquent d’une main d'oeuvre de 8% mais contribuent à 10% de produit intérieur brut,’
- les revenus immigrés sont 13% plus élevés que ceux des ouvriers indigènes.
- les pensions dépendant des immigrés ont été rejetées par le comité des seigneurs il y a cinq ans’
Le rapport s’explique autour des millions de migrants recueillis sur la côte de la Libye, prévoyant une traversée maritime en Europe. Certains d’entre-eux espérant se diriger pour le Royaume-uni. La population de la Grande-Bretagne pourrait pratiquement doubler due à l'immigration montante et les taux de natalité en hausse constante. Le nombre pourrait être de l’ordre de 110 millions d'ici 2081. En Grande-Bretagne, le nombre d'enfants nés d'européen occidentaux a cent fois plus rapidement augmenté que les naissances ‘de mères britannique’ de novembre 2007
samedi, janvier 12, 2008
L’immigration, solution d’Attali pour doper l’économie
Libération : vendredi 11 janvier 2008
Ouvrir grande la porte de la forteresse France aux travailleurs étrangers, telle serait, selon le Figaro d’hier, l’une des propositions phares du rapport que Jacques Attali rendra le 23 janvier au chef de l’Etat. Entouré d’une quarantaine de personnalités, dont Yves de Kerdrel, éditorialiste au Figaro, l’ancien sherpa de François Mitterrand phosphore depuis le 30 août sur les moyens de redynamiser l’économie française.
Contre-pied. Cette libéralisation de l’immigration se justifierait par la nécessité de «faire face à un marché du travail en tension». Mais pas seulement. Selon les membres de la commission, «l’immigration, facteur de développement de la population, est en tant que telle une source de création de richesse, donc de croissance».
Pour Hervé Le Bras, autre personnalité associée à ces travaux et directeur du laboratoire de démographie à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, cette proposition prend l’exact contre-pied de la politique très restrictive menée par Nicolas Sarkozy : «Dans notre rapport, il n’y a aucun élément d’ordre répressif, tout est entièrement basé sur l’ouverture.»
Officiellement, le Président entend faciliter, lui aussi, l’immigration de travail. Il ambitionne de la faire passer de 7 % aujourd’hui à 50 %. Attention, il ne s’agit pas de faire entrer en France n’importe quel travailleur étranger. Mais de sélectionner les immigrés, selon leur profession et leur origine géographique. Deux listes de métiers «en tension» ont déjà été établies, l’une répertoriant les professions ouvertes aux ressortissants des nouveaux états membres de l’Union européenne, l’autre à ceux des pays tiers. Un article de la loi Hortefeux votée en novembre ouvre des possibilités de régularisation aux sans-papiers occupant un emploi, mais uniquement dans des secteurs «tendus» (bâtiment, restauration…). Mardi, lors de ses vœux à la presse, le chef de l’Etat a promis d’aller «jusqu’au bout d’une politique fondée sur des quotas». S’agit-il de quotas par nationalité ? Sarkozy n’a pas été plus précis. En septembre, il avait annoncé des quotas «par régions du monde», ce qui nécessiterait une modification de la Constitution.
Pour l’heure, le détail de la proposition de la commission Attali sur l’immigration n’étant pas connu, il est difficile d’évaluer jusqu’à quel point sa philosophie diffère de celle de Nicolas Sarkozy. A titre personnel, Hervé Le Bras ne mâche pas ses mots. Pour lui, les listes des métiers ont été «établies de façon extraordinairement arbitraire. Hortefeux s’est contenté de faire un recensement des offres d’emploi de l’ANPE».«J’ai été stupéfait de voir ces listes apparaître, poursuit-il. Je ne les avais jamais vues passer dans aucun circuit statistique ou scientifique.» Plus fondamentalement, «l’immigration choisie, c’est stupide, affirme-t-il.Ce n’est pas la France qui choisit les migrants qu’elle veut accueillir. Ce sont les migrants qui choisissent les pays où ils veulent aller.»
«Camouflage». Lors de la même intervention, le chef de l’Etat a émis un autre souhait, apparemment sans rapport : que le «préambule de notre Constitution soit complété pour garantir l’égalité de l’homme et de la femme, pour assurer le respect de la diversité, pour rendre possibles de véritables politiques d’intégration». Simone Veil a été chargée de rédiger un projet de texte. Pour Patrick Weil, chercheur au CNRS, il y a un lien évident entre la «mission Veil sur l’intégration et celle d’Hortefeux sur les quotas».«La mission Veil est un camouflage de la mission Hortefeux, s’insurge-t-il. D’un côté, on fait des bons sentiments, de l’autre on instaure des quotas. On va échanger de la discrimination positive contre de la discrimination à l’entrée. On va dire aux partisans des statistiques ethniques : "On vous soutient si vous nous soutenez lorsqu’on empêchera les Noirs et les Arabes de venir."»
Pour l’heure, l’unique réaction à la proposition de la commission Attali est venue de Jean-Marie Le Pen. Le président du FN a demandé hier à Nicolas Sarkozy de «désavouer et de dissoudre» la commission, affirmant que «plus de 10 millions d’étrangers se sont installés chez nous en trente ans» et que «cette immigration, principalement d’assistance, est une cause majeure de l’appauvrissement du pays».
Source : http://www.liberation.fr/actualite/societe/303165.FR.php
Des métiers désormais ouverts à l'immigration
Source : NOUVELOBS.COM 11.01.2008
Depuis le 20 décembre, les préfets peuvent délivrer des autorisations de travail aux étrangers occupant des emplois dans des secteurs rencontrant des difficultés de recrutement. Seuls les Algériens et Tunisiens ne sont pas concernés par ces dispositions.
Les préfectures peuvent, depuis le 20 décembre, délivrer des autorisations de travail aux étrangers ressortissants de l'Union européenne pour une liste restreinte d'emplois.
Nouvelobs.com s'est procuré la circulaire, paraphée par le ministère de l'Immigration et de l'Economie, qui autorise les préfets à délivrer des autorisations de travail aux étrangers occupant des emplois dans des secteurs rencontrant des difficultés de recrutement.La liste de ces emplois a été élaborée en concertation notamment avec les organisations patronales, et avait été rendue publique début novembre. Sauf pour les Algériens et les TunisiensElle s'étend à 150 métiers pour les Européens de l'Est, le plus souvent peu qualifiés. Pour les personnes non ressortissantes de l'Union européenne, "en application du principe de préférence communautaire, la liste ouverte est plus restreinte", indique la circulaire. Les Algériens et les Tunisiens n'entrent pas dans le cadre de ces dispositions alors qu'ils représentent près de 30% des entrées permanentes en France. Mais des négociations avec la Tunisie sont prévues dans les semaines qui viennent, toujours selon cette circulaire. Parmi les professions "ouvertes" aux immigrants, on trouve les métiers du bâtiment, de la restauration-hôtellerie, de la marine et de la pêche. Des postes d'ingénieurs, informaticiens, chercheurs, agents d'entretien ou encore d'aides-soignants seraient également accessibles aux étrangers.
lundi, janvier 07, 2008
Immigration : ouvrez les frontières !
Source : Les échos, 7 janvier 2008
Fidèle à son indépendance d'esprit et à son goût de la provocation, « The Economist » se fait le défenseur de l'ouverture des frontières aux grands courants migratoires. « La virulente réaction contre les immigrés dans les pays industrialisés est une menace pour la prospérité partout dans le monde », écrit ainsi l'hebdomadaire britannique pour dénoncer les poussées de fièvre anti-immigration apparues récemment en France, en Suisse ou au Danemark. « En Amérique aussi, les pauvres en rangs serrés, ces «huddled masses» du poème d'Emma Lazarus gravé sur la statue de la Liberté, ne sont plus autant les bienvenus alors que de très nombreux candidats à la présidence américaine promettent de construire un mur le long de la frontière avec le Mexique. » Pourtant, comme le démontre ce dossier, la libération des mouvements de capitaux et de marchandises au cours des vingt dernières années a permis à la planète d'être plus riche et la plus grande mobilité des populations a, elle aussi, contribué à la création de richesse et à une meilleure répartition des revenus sur la planète. Les milliards de dollars envoyés à travers le monde par les travailleurs immigrés dans leur pays d'origine sont un signe de cette répartition. « Le prix à payer pour empêcher les mouvements de population serait extrêmement élevé », poursuit le journal qui estime à environ 200 millions le nombre de migrants, légaux et clandestins, dans le monde, soit à peine 3 % de la population mondiale. Pour « The Economist », cela prouve qu'il existe encore un grand réservoir pour les flux migratoires. « Heureusement pour l'Europe et l'Amérique, il y a encore de très nombreux travailleurs dans le monde prêts à sauter dans le prochain avion, le prochain train ou à s'enfuir sur un radeau pour aller travailler à l'étranger. » L'un des bénéfices de l'immigration dans les pays riches a été d'assurer une croissance économique sans inflation au cours des dernières décennies. « Mais, affirme le magazine, pour protéger ces immenses bénéfices dans l'avenir, les politiques devront avoir le courage de parler contre la vague populiste et en faveur des bienfaits que l'immigration peut apporter, tout en traitant avec honnêteté les problèmes que parfois elle peut provoquer. »
Grande Bretagne : Régularisation de 200 000 "sans papiers"
Le gouvernement britannique a décidé de régulariser la situation de 200.000 sanspapiers arrivés en Grande-Bretagne avant 2004 et qui ont déposénotamment des demandes d'asile restées sans réponse de l'administration jusqu'à ce jour.
Cette décision couvre la période allant de 1994 à 2004qui concernerait 500.000 étrangers. Et le gouvernement britanniques'est donné jusqu'à 2011 pour régler tous les cas en suspens.
Cettevague de régularisations traduit la volonté du gouvernement britanniquede liquider ces 500.000 dossiers en souffrance et répond, en mêmetemps, à la demande de la fédération des industriels anglais quiavaient soutenu que la délivrance des permis de résidence, avec ledroit de travailler. aux sans papiers dynamiserait l'économie etéviterait les dépenses jugées exorbitantes liées aux expulsions.
Les expulsions ne sont pas pour autant gelées d'aprèsLin Homer (sur la photo) , la directrice de la nouvelle agence encharge de l'immigration, qui face aux députés, avait déclaré que surles 120.000 autres dossiers en cours de traitement, 52.000 personnesont été expulsées.Des sans-papiers employés aux services de l'immigration
L'actualité de sans-papiers s'est également alimentéedu scandale de certains d'entre eux qui étaient carrément employés audépartement de l'immigration comme agents de sécurité notamment. Cettesituation a été mise à jour par un officier de l'immigration qui aenquêté sur les Africains qui étaient employés au ministère del'intérieur affectés par les agences de placement. Certains de cessans-papiers auraient, en effet, utilisé de faux documents pour obtenirces emplois.
La Grande-Bretagne s'est, du coup, rappelée un autrescandale, celui d'un autre sans-papiers de nationalité nigériane quiavait été affecté à la sécurité de la voiture de Tony Blair à l'époquePremier ministre. Face à l'émoi causé par ces scandales répétitifs, lesecrétaire d'État de l`intérieur, Jacqui Smith Smith a demandé que tousles contrats signés avec les agences de travail soient revus.
mercredi, janvier 02, 2008
Organisation du Ministère de l'immigration
texte n° 64
DECRET
Décret n° 2007-1891 du 26 décembre 2007 portant organisation de l'administration centrale du ministère de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement
NOR: IMIK0774348D
Le Premier ministre,
Sur le rapport du ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement,
Vu le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Vu le décret n° 87-389 du 15 juin 1987 modifié relatif à l'organisation des services d'administration centrale ;
Vu le décret n° 92-604 du 1er juillet 1992 modifié portant charte de la déconcentration ;
Vu le décret n° 2007-999 du 31 mai 2007 relatif aux attributions du ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement ;
Vu l'avis du comité technique paritaire ministériel du ministère des affaires étrangères en date du 13 décembre 2007 ;
Vu l'avis du comité technique paritaire de l'administration centrale du ministère de l'intérieur en date du 10 décembre 2007 ;
Vu l'avis du comité technique paritaire central placé auprès du directeur de l'administration générale, du personnel et du budget du ministère du travail et des affaires sociales en date du 3 décembre 2007 ;
Vu l'avis du comité technique paritaire spécial de la sous-direction des naturalisations en date du 30 novembre 2007 ;
Le Conseil d'Etat (section de l'intérieur) entendu,
Décrète :
L'administration centrale du ministère de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement comprend, sous l'autorité du secrétaire général :
― la direction de l'immigration ;
― la direction de l'accueil, de l'intégration et de la citoyenneté ;
― le service de l'asile ;
― le service de la stratégie ;
― le service de l'administration générale et des finances ;
― le service des affaires européennes ;
― le service des affaires internationales et du codéveloppement ;
― la mission de la communication.
Sont directement rattachés au ministre le haut fonctionnaire de défense et le bureau du cabinet.
Le secrétaire général assiste le ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement pour l'administration du ministère.
Il propose au ministre la répartition des moyens entre les services. Il prépare et exécute le budget du ministère. Il assure l'évaluation des politiques.
Il est chargé de la politique de modernisation du ministère. Il élabore et propose les principes de gestion des ressources humaines et s'assure de leur application et il est chargé de la mise en œuvre de la politique de l'encadrement supérieur.
La direction de l'immigration est chargée de la réglementation de l'entrée, du séjour et de l'exercice d'une activité professionnelle en France des ressortissants étrangers.
Elle est également chargée de la réglementation relative à l'éloignement, aux centres de rétention administrative et à la lutte contre l'immigration illégale, le travail illégal et la fraude documentaire intéressant les ressortissants étrangers.
Elle s'assure de leur application.
La direction de l'accueil, de l'intégration et de la citoyenneté est chargée de l'ensemble des questions concernant l'accueil et l'intégration des populations immigrées en France. Elle œuvre à l'égalité des chances et à la lutte contre les discriminations. Elle exerce, conjointement avec les autres ministères concernés, la tutelle sur l'Agence nationale de l'accueil des étrangers et des migrations, l'Agence nationale pour la cohésion sociale et l'égalité des chances et la Cité nationale de l'histoire de l'immigration.
La direction participe à l'élaboration des règles en matière d'acquisition et de retrait de la nationalité française. Elle a la charge des naturalisations et de l'enregistrement des déclarations de nationalité à raison du mariage.
Le service de l'asile est chargé de la réglementation relative au droit d'asile et aux réfugiés et de la prise en charge sociale des personnes concernées. Pour l'application des dispositions du chapitre Ier du titre II du livre VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il assure les relations du ministère avec l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.
Le service de la stratégie participe à la collecte, l'analyse et la diffusion des données relatives à l'immigration et à l'intégration des populations immigrées. Il est associé à la collecte et à l'analyse des données relatives à la population. Il recueille et tient à jour la documentation du ministère.
Il conçoit les outils du pilotage de la performance, définit les règles du contrôle de gestion et coordonne leur mise en œuvre.
Il définit les systèmes d'information et de communication nécessaires au fonctionnement du ministère, propose les évolutions dont ils doivent faire l'objet pour l'exécution des orientations stratégiques retenues et s'assure de leur bonne réalisation en liaison avec les services concernés.
Le service de l'administration générale et des finances a en charge :
― la préparation et l'exécution du budget ;
― la politique de ressources humaines et la gestion du personnel en liaison avec les services compétents des ministères auxquels sont rattachés les corps de fonctionnaires concernés ;
― la gestion des moyens de fonctionnement et des immeubles, la passation des marchés.
Le service des affaires européennes anime et coordonne le suivi par les autres services de l'ensemble des affaires européennes intéressant le ministère. Il propose la définition d'une stratégie cohérente dans ce domaine. Il veille, en liaison avec le service de l'administration générale et des finances et les autres services, au bon emploi des fonds européens.
Le service des affaires internationales et du codéveloppement suit l'ensemble des affaires internationales intéressant le ministère. Il élabore les projets d'accords de gestion concertée des flux migratoires et de codéveloppement, participe à leur négociation et assure le suivi de leur application. Il élabore et propose les orientations générales de la politique de codéveloppement et s'assure de leur mise en œuvre. Il participe, en liaison avec les services ministériels concernés, à la définition et à la mise en œuvre des autres politiques de coopération et d'aide au développement qui concourent au contrôle des migrations.
La mission de la communication, en liaison avec le cabinet du ministre, conçoit et met en œuvre la politique de communication du ministère et assure les relations avec les médias.
Le présent décret entre en vigueur le 1er jour du mois qui suit sa publication au Journal officiel.
Le ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement et le ministre du budget, des comptes publics et de la fonction publique sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent décret, qui sera publié au Journal officiel de la République française.
mercredi, décembre 19, 2007
Schengen et l’immigration illégale
mercredi 19 décembre 2007
Le 21 décembre, neuf des dix Etats qui ont rejoint l’Union européenne en 2004 (Chypre excepté) feront partie de « l’espace Schengen » et n’auront donc plus de frontières avec les autres pays de l’UE.
L’AFP a demandé au directeur général de Frontex, Ilkka Laitinen, si cet élargissement allait rendre sa tâche plus difficile. Avant de lire la réponse, il faut souligner que Frontex n’est pas un organisme plus ou moins associé à l’UE, mais l’agence de l’UE chargée de coordonner la surveillance des frontières extérieures.
« Notre inquiétude à propos de l’élargissement de la zone Schengen est que nous allons perdre un instrument très efficace pour lutter contre l’immigration illégale, c’est-à-dire les contrôles aux frontières intérieures de l’UE. Avec l’adhésion de nouveaux membres à l’espace Schengen, les possibilités de contrôle n’existeront plus. Il n’y aura pas non plus d’indicateurs pour saisir tout ce qui se passe. Même si nous avons des mesures d’accompagnement et de compensation, c’est un grand défi. Mais je dois dire que c’est un choix délibéré de l’Union européenne de se concentrer plus sur la liberté de mouvement des personnes que sur les questions de sécurité. »
On comprend mieux l’inquiétude du directeur de Frontex quand on sait qu’un rapport de l’Union européenne montre que plusieurs des nouveaux « adhérents » à l’espace Schengen n’ont pas les moyens de surveiller leur frontière extérieure à l’UE, et que, d’autre part, les effectifs de Frontex sont de... 105 personnes.